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Il nous était inconcevable, nous qui lui avons emprunté une citation pour illustrer notre catégorie d’articles sur l’architecture, d’omettre de rendre une sorte d’hommage à Franck Ghery. Ce grand architecte, crié et décrié, à tort ou à raison, a quitté notre monde le 5 décembre 2025.
Certains diront que ses créations sont un non-sens alors que d’autres l’adouberont comme un génie. Une chose est certaine, qu’on aime ou qu’on déteste, une chose est sure, ce qu’il a créé aurait été impossible sans la numérisation des outils d’architecture.
Faisons un petit tour d’horizon des étapes majeurs du parcours professionnelle de Franck Ghery, grâce à l’évolution des outils numériques.
L’histoire de l’architecture est indissociable de l’évolution de ses outils. À chaque grande rupture technologique correspond une nouvelle manière de concevoir l’espace : la pierre taillée, le béton armé, l’acier industriel, puis, plus récemment, le numérique. Pourtant, contrairement aux révolutions matérielles précédentes, la digitalisation n’a pas seulement introduit de nouveaux matériaux ou accéléré les processus. Elle a profondément transformé la nature même des formes architecturales possibles.
L’œuvre de Frank Gehry incarne cette bascule avec une clarté exceptionnelle. Ses bâtiments, reconnaissables entre tous, semblent souvent échapper aux règles classiques de la construction. Volumes fragmentés, surfaces ondulantes, géométries instables, enveloppes métalliques ou vitrées aux formes imprévisibles : ces architectures donnent l’impression d’avoir été sculptées plutôt que construites. Pendant longtemps, un tel langage formel aurait été jugé irréalisable, trop complexe ou trop coûteux.
Si ces bâtiments existent aujourd’hui, ce n’est pas parce que les règles de la physique ont changé, mais parce que les outils permettant de les concevoir, de les calculer et de les fabriquer ont radicalement évolué. La digitalisation a permis à Gehry de faire le lien entre une intuition artistique libre et une réalité constructive extrêmement précise. Sans elle, une grande partie de son œuvre serait restée à l’état de maquettes ou de dessins expérimentaux.
Avant l’arrivée des outils numériques avancés, l’architecture reposait sur une représentation essentiellement bidimensionnelle du projet. Plans, coupes et élévations permettaient de décrire efficacement des bâtiments orthogonaux, répétitifs et géométriquement rationnels. Même les architectures les plus ambitieuses du passé s’appuyaient sur des formes mathématiquement stables et relativement simples à décrire.
Dès que l’on introduit des surfaces libres, non répétitives et doublement courbes, ces outils atteignent rapidement leurs limites. Une façade qui se déforme progressivement, une toiture qui ondule sans rayon constant ou un volume qui se tord dans l’espace ne peut pas être fidèlement retranscrit sur un plan traditionnel. Les approximations deviennent inévitables, les calculs structurels imprécis et la fabrication artisanale extrêmement risquée.
Dans ce contexte, l’architecture devait s’adapter aux outils disponibles. Les formes étaient simplifiées pour être constructibles. Frank Gehry adoptera une démarche inverse : il refuse de simplifier la forme et choisit de faire évoluer les outils.
Dès ses premiers projets, Gehry développe un rapport très libre à la forme. Il travaille par le geste, par la matière, par la maquette physique. Le bâtiment est pensé comme un objet en tension, presque comme une sculpture urbaine. Cette approche n’est pas décorative : elle exprime une vision profondément artistique de l’architecture, où le mouvement, la rupture et l’émotion priment sur la régularité.
Pendant longtemps, cette méthode aurait constitué un cul-de-sac technique. Les maquettes, aussi expressives soient-elles, ne pouvaient pas être traduites en documents exploitables pour un chantier. L’architecture de Gehry semblait condamnée à rester marginale ou conceptuelle.
La véritable rupture intervient lorsque l’informatique cesse d’être un simple outil de dessin pour devenir un outil de traduction entre la forme artistique et la réalité industrielle.
Le moment clé de cette transformation est l’adoption du logiciel CATIA, issu de l’aéronautique. Contrairement aux logiciels de CAO traditionnels, CATIA permet de modéliser des surfaces complexes avec une précision mathématique extrême. Chaque courbe, chaque torsion, chaque point de contrôle peut être défini, mesuré et modifié.
Pour Gehry, cet outil change tout. Les maquettes physiques peuvent être numérisées, analysées, optimisées et transformées en données directement exploitables par les ingénieurs et les fabricants. Le modèle numérique devient une réplique exacte du bâtiment à construire, intégrant la structure, l’enveloppe et les contraintes de fabrication.
L’architecture entre alors dans une logique jusque-là réservée à l’aéronautique ou à la construction navale : celle du prototype numérique complet, conçu avant même le premier coup de pioche.
Le Guggenheim Museum Bilbao constitue une démonstration éclatante de cette nouvelle manière de concevoir l’architecture. Le bâtiment est composé de volumes complexes recouverts de milliers de panneaux de titane, chacun présentant une géométrie légèrement différente.
Avec des méthodes traditionnelles, un tel projet aurait été irréalisable. Il aurait fallu standardiser les panneaux, simplifier les courbes et accepter des compromis formels majeurs. Grâce à la digitalisation, chaque élément peut être calculé individuellement, puis fabriqué sur mesure. Le chantier devient un processus d’assemblage précis, où chaque pièce trouve naturellement sa place.
Le succès du Guggenheim Bilbao ne tient pas uniquement à son image iconique. Il prouve au monde entier que l’architecture libre peut être maîtrisée, calculée et construite sans renoncer à sa complexité.
Il recevra pour cette construction le prestigieux Prix Pritzker.
À Los Angeles, Gehry va encore plus loin en intégrant, au Walt Disney Concert Hall, des exigences acoustiques extrêmement strictes à une forme architecturale complexe. Les volumes intérieurs sont conçus pour optimiser la diffusion sonore, tandis que les enveloppes extérieures traduisent ces contraintes en une écriture sculpturale spectaculaire.
Sans outils numériques, une telle coordination entre acoustique, structure et architecture serait impossible. La digitalisation permet ici de simuler le comportement du son, de la structure et des matériaux avant même la construction. La forme n’est plus seulement expressive. Elle devient performante et mesurable.
Avec la Fondation Louis Vuitton, Gehry atteint un niveau de complexité qui annonce clairement les méthodes BIM actuelles. Les grandes voiles de verre, toutes différentes, nécessitent une coordination extrême entre architecture, structure et enveloppe.
La digitalisation permet d’anticiper les conflits techniques, d’optimiser les assemblages et de maîtriser les coûts malgré une géométrie hors norme. Sans ces outils, une telle architecture aurait été jugée trop risquée, voire impossible à assurer sur le plan technique et financier.
La Dancing House illustre parfaitement la capacité du numérique à rendre constructible une architecture volontairement instable en apparence. Les façades inclinées et les volumes déformés sont précisément calculés pour garantir stabilité et durabilité.
Là où les méthodes traditionnelles auraient imposé une géométrie plus sage, la digitalisation permet de maîtriser la déformation, sans la supprimer.
L’œuvre de Frank Gehry démontre que la digitalisation n’est pas un simple outil d’optimisation. Elle est un nouveau langage architectural, capable de traduire des intentions artistiques complexes en réalités construites. Sans elle, ses bâtiments seraient restés des manifestes théoriques ou des sculptures expérimentales.
Grâce au numérique, l’architecture peut aujourd’hui assumer pleinement la complexité, la singularité et l’émotion. Gehry n’a pas seulement profité de cette révolution : il en a été l’un des déclencheurs majeurs, ouvrant la voie à l’architecture computationnelle qui structure désormais une grande partie de la création architecturale contemporaine.
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